Année de l'Esprit Saint

2. Mais pourquoi la prière est-elle vitale ?

Parce qu’il est vital de pouvoir dire « je »… et que le « je » ne s’éveille que grâce à un « tu » qui l’interpelle.

Ce n’est pas en vain [qu’on parle de] langue maternelle : si rudimentaire soit-elle en lui, elle engendre l’enfant à la vie de l’esprit… C’est toujours un événement émouvant, en sa simplicité, quand un enfant, pour la première fois, dit « je », c’est-à-dire met d’un seul coup tout l’édifice du discours en première personne, et donne par là même à ce petit mot « je » une référence absolument inédite, insubstituable ; jusqu’à la fin de sa vie, il sera le seul, rigoureusement, à employer le « je » en ce sens. Par là seront posées son identité de sujet et sa différence d’avec tous les autres.
(M. Léna, L’esprit de l’éducation, 120)

Être croyant, c’est confesser que ma vie vient de Dieu et qu’elle doit retourner à lui. Si je ne prie pas, je ne serai pas acteur de ce retour.  Dire cela, c’est tout de suite sous-entendre une définition de la prière : non pas d’abord le fait de parler à Dieu, mais plus fondamentalement le fait de tendre l’oreille à une parole antérieure à la nôtre.  La prière nous fait naître à nous-mêmes, parce que c’est toujours la rencontre de l’autre qui nous personnalise. Sans cette rencontre, nous demeurerions des « enfants sauvages ».

3. Vérification biblique : l’appel et l’exode.

La Bible, ou plus précisément l’histoire du salut, est la démonstration éclatante de ce qui vient d’être dit.  En même temps, est posée la différence entre la religion biblique et les autres religions du monde. On pourrait la résumer par la réflexion de R. Cantalamessa :

Contrairement aux autres religions, le christianisme ne commence pas par ce que l’homme doit faire pour se sauver, mais par ce que Dieu a fait pour le sauver.

L’histoire du salut commence par un appel, adressé à un homme (Abraham, en Genèse 12).

C’est cet appel et cette élection qui font d’Abram un Juif ! Car il n’était encore qu’un païen : « Le premier Juif est un païen choisi » (P. Beauchamp, Le récit..., p. 205). « Choisi » veut dire : appelé, mis en marche. Le Juif est celui qui accepte d’être choisi en vue d’une mission. Dieu choisit certains en particulier pour pouvoir choisir tous les autres à travers eux.
Or, quand Dieu s’adresse à Abram, il lui dit littéralement : « va pour toi » (lekh lekha), c’est-à-dire « va vers toi », ce qui signifie qu’en prenant le départ vers Dieu, Abram se trouvera lui-même. Le penseur juif Rachi commente : « va pour ton bien, pour ton bonheur »...

Mesurons la portée de cet appel « va vers toi » : Dieu n’appelle pas, comme nous le faisons souvent, pour s’approprier celui qu’il appelle, pour le soumettre à son pouvoir, mais pour lui permettre de se trouver en se quittant lui-même pour partir vers lui-même.  Mais, dira-t-on… tout le monde n’a pas la chance d’entendre Dieu l’appeler ainsi ! Mais il n’est pas nécessaire d’imaginer qu’Abraham ait physiquement entendu des voix. Ce qu’il entend, c’est la voix intérieure de son désir de Dieu...

Parce que la Bible est le livre de la rencontre de Dieu avec les hommes, elle nous parle de la prière ; parce qu’elle est le livre de la recherche de l’homme par Dieu, elle nous parle de la prière avec deux caractéristiques fondamentales :

1. La prière n’est pas une œuvre de l’homme, où il aurait l’initiative, mais une réponse de l’homme à l’initiative de Dieu.

2. La prière n’est pas le lieu où l’homme gagne Dieu à sa cause, le persuade de l’exaucer, mais le lieu où Dieu transforme l’homme et lui donne de penser, de vouloir et d’agir comme Lui.

Le païen s’imagine qu’en priant il prend l’initiative ; il s’imagine aussi que sa prière va amener Dieu à changer. C’est tout le contraire de la prière chrétienne.

(Texte de Mgr Jean-Pierre Batut)

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